Togo : Mgr Denis Amuzu-Dzakpah, bientôt la retraite, les potentiels successeurs

Dans sa parution du jeudi 10 octobre, le Quotidien d’information Togo Matin est revenu sur l’âge canonique de Mgr Denis Amuzu-Dzakpah, Archevêque de l’archidiocèse de Lomé. En effet, l’homme a atteint ses 75 ans, l’âge à laquelle les évêques normalement prennent leur retraite après l’aval du pape. Denis Amuzu-Dzakpah a eu officiellement 75 ans le.10 octobre passé. La retraite pointe à l’horizon. Dans son article, Togo Matin est revenu sur le parcours du prélat et a abordé la question des possibles successeurs.

Ci-dessous l’intégralité de l’article de Togo Matin :

75 ans, âge canonique où les évêques sont priés de remettre au Pape la démission de leur charge épiscopale. Si le Saint-Père est libre ou non de l’accepter, les évêques démissionnaires vivent dans une sorte de sursis jusqu’à ce que l’acceptation du souverain Pontife soit officialisée et leur successeur désigné dans la foulée.

10 octobre 2018. La chapelle Christ Rédempteur de Brother home était pleine à craquer. Prêtres, religieux et religieuses, familles, fidèles chrétiens sont venus en nombre célébrer avec Mgr Denis Komivi Amuzu-Dzakpah, un anniversaire… particulier.

Car le prélat le reconnaît lui-même, il est né en 1943, mais les problèmes d’état civil à l’époque font que sur ses actes officiels, il est né en 1944. Donc 75 ans le 10 octobre 2019.

Brillante carrière

Son élection en juin 2007 comme 4ème Archevêque de Lomé aura surpris peu de monde. Son élection en juin 2007 comme 4e Archevêque de Lomé aura surpris peu de monde. «Très peu de prêtres du Togo peuvent se vanter d’avoir le parcours du Père Denis», témoignait à l’époque un fidèle, directeur d’une école catholique à Lomé.

De fait, Mgr Denis AmuzuDzakpah, c’est un parcours académique excellent: licence de philosophie avec mention « Magna cum Laude » à l’Université pontificale urbanienne à Rome ; docteur en philosophie de l’Université d’Ottawa Etc. Ordonné prêtre en 1972 par le cardinal Julius Döpfner, Archevêque de Munich et de Freising (celui-là qui dix ans plus tôt en 1962 conférait l’ordination épiscopale à Mgr Robert Casimir Dosseh-Anyron), il a exercé l’essentiel de son ministère sacerdotal dans l’éducation.

Professeur et Censeur au collège St Joseph de Lomé puis plus tard, Professeur et Directeur Spirituel au Grand Séminaire Jean-Paul II de Lomé. Nommé en 1998 Administrateur de la Cathédrale de Lomé en remplacement du Père Benoit ALOWONOU (actuel évêque de Kpalimé et Président de la Conférence des évêques du Togo) qui devait se rendre en France pour poursuivre ses études, le Père Denis Amuzu Dzakpah découvre pour la première et unique fois de sa vie, la charge de Curé de paroisse.

Car après les tensions au sein de l’Archidiocèse de Lomé au début des années 1990 qui ont abouti à la fermeture du grand séminaire et plus tard à la Démission de l’Archevêque d’alors, Mgr Robert Casimir DOSSEH ANYRON, le Père Denis a occupé de 1992 à 1998, les fonctions de Secrétaire Général de la Conférence des Evêques de la Région Afrique de l’Ouest (CERAO) dont le siège est à Abidjan en République de Côte d’Ivoire.

A la cathédrale, les fidèles découvrent « un curé rigoureux, ponctuel et très pieux ». Mais la fatigue liée au cumul de fonctions (Curé, Vicaire général et Secrétaire général de la Conférence des évêques du Togo) faisait sentir de temps en temps quelques tensions entre l’Administrateur et ses paroissiens. Archevêque dans la suite de ses prédécesseurs.

Nommé Archevêque en juin 2007 à la suite de la démission pour raison d ‘âge de Mgr Philippe Fanoko Kpodzro, Denis Amuzu Dzakpah s’est, selon les spécialistes, inscrit dans une forme de continuité avec ses prédécesseurs.
Aucun changement notable dans la gestion de l’église catholique n’est intervenu ces douze dernières années. Preuve de ce « conservatisme », certains Curés ou responsables de services diocésains n’ont jamais changé de postes depuis l’arrivée de l’actuel Archevêque.
Ce qui n’a pas été sans créer des remous au sein du collège des prêtres. « Mgr Denis est un pasteur qui est resté pédagogue pendant son ministère », confie un prêtre qui aurait bien souhaité voir son évêque un peu plus sur le terrain, effectuant des visites pastorales de plusieurs jours dans les paroisses notamment reculées pour partager le quotidien des équipes pastorales. « Ce n’est pas un reproche », rappelle le jeune Curé pour qui chaque évêque ou « chaque ouvrier de la vigne du Seigneur a un charisme propre à lui». Comme ses prédécesseurs, Mgr Denis Amuzu-Dzakpah s’est largement investi dans les questions sociétales et surtout politiques.

Vice-président de la Conférence des évêques, Chargé des Migrants, du Tourisme, de la Mer et des Moyens de Communications Sociales.
Lors de la crise politique que le Togo a traversé de 2017 à 2018, il a régulièrement pris la parole sur les médias pour délivrer des messages des évêques. Adresses, dont les contenus n’ont jamais été tendres avec le pouvoir.
Certains observateurs pointent souvent le fait qu’il puisse avoir été marqué par les traitement qu’une milice de l’ancien parti unique lui aurait fait subir après une homélie prononcée lors d’une messe radiodiffusée au milieu des années 1970…

La retraite ?

Au moment de passer le témoin à son successeur, Mgr Denis Amuzu-Dzakpah serait extrêmement « serein », selon son entourage.
Car l’homme est n’est pas connu pour être un carriériste, amateur des honneurs et privilèges. « Comme chacun d’entre nous, Mgr Denis a ses défauts, mais c’est un homme de qualité, aimable, dévoué à la cause de l’église et qui ne pense pas du tout à son avenir », témoigne un de ses vieux amis qui reçoit tous les ans à la même heure l’appel du prélat qui ne rate jamais l’occasion de lui souhaiter un joyeux anniversaire.
«S’il devait être résumé en un mot ce serait la fidélité », poursuit ce septuagénaire.
Fidélité à sa vocation, à ses amitiés et peut-être parfois à ses déceptions…
Qua-a-t-il prévu de faire ? Mystère. Où prévoit-il résider ? Mystère également.
Peut-être dans l’un des appartements de la « Basiliade Saint Philippe », une maison de repos en construction à Batoumé, village situé à 70 km au nord-ouest de Lomé. Problème : le chantier est loin d’être terminé.

La succession

Si en 2007, les pronostics sur la succession de Mgr Kpodzro plaçaient l’abbé Denis Amuzu Dzakpah en pole position, il est aujourd’hui très difficile de donner plus de 30% de chances à un potentiel candidat.
Nous vous proposons néanmoins un rapide tour d’horizons de noms qui reviennent souvent dans le microcosme catholique togolais pour être le futur locataire de l’Archevêché de Lomé sis à l’ancienne école professionnelle de Lomé (Brother Home).
Le Pape pourrait choisir comme cela se fait, de déplacer un évêque vers Lomé ou d’élire un prêtre qui recevrait dans la foulée l’ordination épiscopale.
Et il revient à François et à François seul, la charge de désigner par l’action du Saint-Esprit et par le travail sur le terrain du nonce apostolique (ambassadeur du Saint-Siège au Togo), le futur Archevêque de Lomé.

Mgr Benoit Alowonou, 70 ans, actuel évêque de Kpalimé, Président de la conférence des évêques du Togo.
Il serait un évêque de transition si le Pape François le désigne comme Archevêque de Lomé. Car à 70 ans, il ne lui resterait que 5 ans pour gouverner le diocèse de Lomé. Donc très peu de chances pour celui qui a pourtant le meilleur profil pour le job.
Il a en effet été pendant quelques années le Vicaire Général (numéro 2) de l’Archidiocèse de Lomé et donc connaît parfaitement la maison.
Son action à la tête du diocèse de Kpalimé qu’il dirige depuis 2001 est saluée de tous, même si ces dernières années une fronde de prêtres dits du « Grand Kloto » est venue perturber la sérénité du diocèse de Kpalimé.

Mgr Nicodème Barrigah, 56 ans, évêque du diocèse d’Atakpamé Grande figure de l’église catholique, le prélat a l’avantage de la jeunesse et surtout est originaire de l’archidiocèse de Lomé.
Ordonné prêtre à 24 ans, (le plus jeune prêtre togolais à l’époque), il est réputé très diplomate et a présidé la Commission Vérité Justice Réconciliation. Son profil semble satisfaire les partisans d’une détente sincère et durable entre l’Eglise et l’Etat après les soubresauts de ces dernières années. Problème, il a réussi à calmer l’un des diocèses les plus difficiles du Togo et les chrétiens catholiques d’Atakpamé ne veulent pas le voir partir de si tôt…

Mgr Isaac Jogues Gaglo, 61 ans, évêque du diocèse d’Aného Il a été connaît très bien l’Archidiocèse de Lomé pour y avoir été ordonné prêtre avant la partition qui a donné naissance au diocèse d’Aného le 1er juillet 1994. Ses atouts, il est relativement jeune et est réputé très proches de ses fidèles. Si ce n’est pas l’évêque le plus connu au Togo, il administre depuis une dizaine d’années Aného avec des résultats jugés intéressants par les spécialistes.

Père Laurent Kpogo, Vicaire général de l’Archidiocèse de Lomé Ordonné prêtre il y a 32 ans au même moment que Mgr Nicodème Barrigah, le Curé de la paroisse Sainte Rita de Wuiti a également fait l’essentiel de sa carrière pastorale dans l’éducation notamment au Grand Séminaire Saint Jean Paul II de Lomé.
Certains ont vu en sa nomination comme Curé de paroisse il y a deux ans, une manière de le roder au travail en paroisse…
Dans l’optique peut-être d’une future élection comme Archevêque de Lomé. Père René Tétégan, Secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques du Togo Il est jeune, réputé brillant et très apprécié de ses confrères.
Il a été, à son retour d’études il y a deux ans, nommé Secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques du Togo, un des postes les plus importants de l’église catholique au Togo.
Docteur en liturgie, il est également le responsable des cérémonies liturgiques de l’Archevêque de Lomé (Cérémoniaire). Il pourrait être la surprise du casting…

Avec Togo Matin N° 650