Rev. Père Pierre Marie-Chanel AFFOGNON

Le Porte-parole du mouvement des forces vives de la nation « Espérance pour le Togo » nous a accordé un long entretien. Le forum citoyen des 15 et 16 mars prochain à Lomé, la nouvelle législature, les élections locales, la C14, le PND….. voici ce qu’il pense.

actu-togo.com : le mouvement des forces vives de la nation « Espérance pour le Togo » dont vous êtes le porte parole organisera un forum citoyen les 15 et 16 mars prochain à Lomé, de quoi s’agira-t-il ?

Rev. Père Charnel Affognon : Effectivement le mouvement des forces vives « espérance pour le Togo » organise un forum citoyen les 15 et 16 mars 2019 à Lomé à la grande salle de la paroisse de l’église évangélique presbytérienne de nyekonakpoè. Il s’agit de réunir les différents acteurs de la vie sociale citoyenne et politique du pays pour essayer de se poser des questions et de partager autour de la vision que nous avons pour notre pays le Togo si je peux parler ainsi, afin de pouvoir harmoniser l’approche en vue des résultats pour le bonheur de tous les Togolais sans exception.

Quel est but visé par ce forum citoyen ?

Par ce forum, nous voulons redécouvrir cette sagesse qui est inscrite dans notre hymne national où les pères et les mères qui ont fondé la nation ont bien dit dans «l’unité nous voulons te servir ». Le but visé, c’est de redécouvrir cette vérité en trouvant les chemins de convergence dans le souci de fédérer les différentes énergies et stratégies pour un Togo nouveau où reignera la pluie de justice sociale, de bien-être de tous.

Qui peut participer au forum ?

Le forum est ouvert principalement à des acteurs de la société civile, à des partis politiques, à des confections religieuses, mais aussi tout citoyen et citoyenne (hommes et femmes de bonne volonté) qui pense et cherche le bien commun, le bien pour notre nation le Togo et nous qui sommes ces habitants. Donc, le forum est ouvert à tous.

« ce que je fais, n’a rien de politique »

De part vos sorties, d’aucuns affirment que vous faites de la politique, que pensez vous de cela ?

Ceux qui disent que je fais de la politique peut être, c’est leur conception même de la notion et la réalité historique de notre pays qui doit être la cause. Par rapport à la conception, on parle de politique sans s’en rendre compte que le mot renvoi au vivre ensemble dans une cité. Comme je l’ai souvent dit, dans la lettre des évêques du 26 avril 2016 dont le titre est « soyons responsable dans la justice et dans la verité », les évêques ont définis la politique tout simplement comme faire son devoir citoyen et ils ont distingué la politique qui est l’engagement de tout ce qui habite la même cité en vue de son organisation pour l’épanouissement de tous ; ce qui est différent de la politique politicienne entendu comme art de gouverner qui consiste à s’organiser à émettre des stratégies pour conquérir le pouvoir et l’exercer. Dans ce sens, ce que je fais, n’a rien de politique, mais dans le premier sens bien sûr que oui, ce qui se distingue de la politique politicienne qui vise la mise en place de stratégie de conquête et d’exercice du pouvoir et quand on sait aussi que dans notre pays, parler des affaires de la cité a été considéré comme un délit où des gens ont été en prison et on disait « édonou politik mè » ndlr.. , alors avec tous ces éléments historiques beaucoup de Togolais pensent que l’affaire de la cité regarde exclusivement les partis politiques ou les acteurs politiques. Ce qui est archi faux et c’est justement sur ce plan que les togolais et les togolaises doivent se ressaisir et savoir que quand on abandonne le vivre ensemble, la vie dans la cité dans les mains exclusives des politiques ou du politique, on fini par le regretter parce que c’est à chaque citoyen de s’engager pour le bien commun.

Le Togo a une nouvelle législature, avez vous un mot à l’endroit des députés de cette nouvelle législature ?

D’abord je salue fraternellement ceux qui sont dans cette nouvelle législature dans la mesure où ils sont des togolais et des togolaises à par entière. Comme j’ai eu à le dire par le passé, beaucoup de Togolais n’ont pas adhère à la façon dont les élections se sont organisées le 20 décembre 2018 et les résultats qui ont suivi, cela dit c’est un fait aujourd’hui que la nouvelle législature existe. Mon souhait à leur endroit, c’est de ne pas rester dans une forme de légalisme et de fonctionnement partisane, mais de viser le bien de tout le peuple togolais en accomplissant pleinement la mission qui est la leur ; celle qui est de contrôler l’action du gouvernement, mais aussi de mettre en place des lois en faveur du bien-être de tous. Cela dit, ce sont les actes qu’ils vont poser en faveur du bien-être du peuple qui va justement leur redonner cette légitimité que beaucoup disent qu’ils n’ont pas aujourd’hui. Même si on peut leur conférer une certaine légalité, dans tous les cas le plus important aujourd’hui ce sont nos populations qui croupissent dans la misère et qu’il faut relever au niveau de l’éducation, de la santé, de l’agriculture et des infrastructures pour un togo nouveau ou reignera la justice sociale, la paix, la cohésion sociale et le developpement durable profitable pour tous les togolais sans exception.

« Je peux simplement comme citoyen et membre de la société civile constater qu’il y a comme un problème de leadership et d’egos difficilement gérable, peut être aussi de diversité de vision qui fait que leur unité après les élections du 20 décembre 2018 est en train de connaître des difficultés »

Depuis les dernières élections législatives, la coalition des 14 partis politiques a connu quelques défections, que vous inspire cela ?

Je ne vais pas me prononcer sur une organisation qu’est la C14, essentiellement politique avec ce que vous appellez défection, parce que je ne suis pas membre de la C14, je n’ai pas un pacte secret avec la C14 pour ce qui concerne son fonctionnement. Je peux simplement comme citoyen et membre de la société civile constater qu’il y a comme un problème de leadership et d’egos difficilement gérable, peut être aussi de diversité de vision qui fait que leur unité après les élections du 20 décembre 2018 est en train de connaître des difficultés. Il leur revient comme des acteurs politiques et des responsables de savoir ce qu’ils veulent, ce qu’ils ont promis au peuple et ce qu’ils sont encore capables de faire pour le bien du peuple. Dans tous les cas, quel que soit les acteurs politiques que nous auront devant nous, tant que le sens du sacrifice et désintéressement ne prime pas et que l’intérêt supérieur de la nation et du peuple est la vision principale, nous allons assister à des formes de crise, et cela, je pense que c’est lié a tous les acteurs politiques, chaque fois que quelques intérêts particuliers semble prendre le dessus sur l’intérêt général. C’est ma lecture, elle peut être vraie ou fausse.

Le Togo vient de lancer le Plan National du Développement, quelle est votre appréciation sur cet ambitieux programme ?

« J’ai lu les 3 grands axes de ce plan et je crois que ce sont des axes qui disent beaucoup de réalités à prendre en compte dans notre pays. »

Comme vous le dites, vous parlez du PND comme un programme ambitieux. Je crois qu’avoir de l’ambition au sens de vision et de planification, c’est une bonne chose et si c’est ce que nous devons entendre dans votre question alors un plan ambitieux est une bonne chose. Avoir un plan national de développement ou d’émergence, puisque d’autres pays ont fait des plans qu’ils ont appelé d’émergence je crois aussi que c’est une bonne chose, si on est honnête et sincère dans la planification, la mise en œuvre et le suivi. J’ai lu les 3 grands axes de ce plan et je crois que ce sont des axes qui disent beaucoup de réalités à prendre en compte dans notre pays. Là où se trouve l’inquiétude c’est comment les fonds vont être mobilisés, quelle est la stratégie de mobilisation des fonds, quelle est la garantie de leur gestion transparente et rigoureuse pour des résultats et enfin sur quelle période tout cela va être déployé et avec quelle structure faire un suivit rigoureux pour que ce ne soit pas d’une part un beau document sans incidence sur l’amélioration de la qualité de vie pour tous les citoyens togolais et d’autre part un lieu où les fonds capitalisés peuvent être gérés dans la non-transparence encourageant la corruption, il s’agit donc d’une grande responsabilité. Il est important que les différents acteurs de la vie sociale soient associés, surtout la société civile et les autres acteurs pour que ce plan soit vraiment national, que cela ne soit pas confondu au plan d’une personne ou d’un parti politique parce qu’il s’agit bien d’un plan national et les contribuables que nous sommes tous togolais et togolaises, c’est nous qui allons porter ce plan, d’où l’importance que le plan soit connu, accueillit et que le pilotage soit très rigoureux et très honnête pour pouvoir atteindre les objectifs et enclencher veritablement un changement de qualité par rapport à la vie du togolais ou plus de la majorité vivent dans la misère et vivent au dessus du seuil de pauvreté selon le rapport du PNUD. Voici ce que je peux dire pour le moment par rapport au PND.

Les élections locales au Togo sont prévues pour bientôt, avez vous un message à l’endroit de la classe politique ?

Je crois profondément qu’a l’endroit de la classe politique togolaise, il est important de sortir de cet affrontement qui s’enferme dans deux alternatives à savoir conquérir le pouvoir à tout prix ou rester au pouvoir à tout prix parce que ces deux tendances oublient que le togolais à faim, le togolais quand il est malade n’arrive pas à se soigner, le togolais n’a pas accès à une éducation de qualité, les jeunes sont victimes de chômages de façon chronique et que les poches de misères sont des lieux favorables pour les violences futurs. Quand on voit la sous-région, les mouvements djihadistes, on sait très bien que ces radicalisations ont pour terre fertile les lieux de misère et de frustration par rapport aux droits de l’homme, par rapport au droit fondamentaux ; donc je crois nos acteurs politiques doivent remettre le peuple au centre de leurs ambitions et sortir de leurs egos pour comprendre qu’avant de conquérir le pouvoir pour l’exercer ou après avoir conquérir le pouvoir et avec la volonté d’y rester toujours. Il faudrait que ces deux tendances se disent, on ne peut exercer le pouvoir que sur un peuple qui existe que dans un pays qui est sécurisé et pacifié. Nous nous avons demandé qu’au nom de la paix social et la cohésoin nationale qu’on puisse faire d’abord les reformes avant toute élection. Nous n’avons pas été écoutées une première fois ; est-ce qu’on va encore organiser les élections au niveau locale sans faire d’abord les réformes, procéder à une révision du fichier électoral, régler la question de la CENI ? Je crois que continuer dans ce lancé va être source de frustration et chaque fois que dans un pays les frustrations s’accumulent, on peut preparer des situations difficiles à gérer, et du coup moi je demande humbement à nos hommes politiques de prendre leur responsabilité et au pouvoir public de réaliser la promesse des réformes qui est d’ailleurs le premier élément prioritaire dans la déclaration de politique generale du nouveau gouvernement de monsieur le premier ministre Klassou.

« il revient à chaque citoyen et citoyenne d’arrêter de croiser les bras, de s’engager et de faire sa part pour un Togo nouveau ou reignera la justice sociale, le bien-être pour tous, le partage équitable des biens de la nation et la prosperité pour tous »

Un message a l’endroit des populations ?

Je voudrais saluer avec révérence et profond respect nos populations togolaises qui au quotidien vivent des situations très difficiles. Je compatie profondément à ces situations pour laquelle je suis engagé et d’autres acteurs de la société civile et le mouvement des forces vives «espérance pour le Togo»; il revient à chaque citoyen et citoyenne d’arrêter de croiser les bras, de s’engager et de faire sa part pour un Togo nouveau ou reignera la justice sociale, le bien-être pour tous, le partage équitable des biens de la nation et la prosperité pour tous dans la mesure où le togo appartient à l’ensemble des poplulations, nous devons tous être mobilisé pour un togo nouveau, un Togo pour tous et prospère pour tous. Dans le milieu rural, cela passe par des sensibilisations, alors les différents acteurs de la vie sociale doivent y penser pour que nos populations puissent détenir les informations justes et agir avec discernement et clarté par rapport à tout ce qui leur est proposé par les acteurs politiques et qui relèverait de la manipulation.

Votre mot de la fin

Je salue l’ensemble de nos vaillantes populations togolaises, je salue nos décideurs, nos autorités politiques, tous les hommes et femmes politiques du Togo et je salue également les différents acteurs de la société civile engagés pour le bien-etre de notre peuple. Je formule le voeux de la liberation de tous ces détenus politiques et surtout ceux des manifestations, j’en appelle encore à la clémence du chef de l’État et des autorités envers tous ces jeunes et toutes ces personnes qui sont en prison. J’exprime ma gratitude pour ceux qui viennent de connaître la libération et je souhaite vivement que cela puisse s’étendre à ceux qui sont encore en prison et pour cela et je supplie les autorités. Que l’éternel bénisse et qu’il benisse chacun de nous. J’invite enfin tous ceux qui le peuvent au forum citoyen que nous aurons le vendredi 15 et le samedi 16 à la grande salle de l’église évangélique presbytérienne de nyekonakpoè. Venez nombreux pour qu’on puisse réfléchir et dégager une vision en fédérant les énergies et les stratégies pour un Togo nouveau et prospère pour tous.

Propos recueillis par Ali Tossa

La Rédaction

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