Interview : Elisabeth Essodolom PALI-TCHALLA «il faut être courageuse, patiente et persévérante dans tout ce que l’on entreprend»

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Femme d’affaires exceptionnelle, officier de l’ordre du Mono, présidente de la Filière Karité du Togo et Présidente de la Fondation SOIF, Mme Elisabeth Essodolom PALI-TCHALLA parle de son parcours et ses projets dans une interview qu’elle a accordé à l’équipe de Dagan Magazine, qui met en lumière les femmes remarquables. Lire ci-dessous l’intégralité de l’interview..

Journaliste : Qui est Elisabeth PALI-TCHALLA ?

Elisabeth PALI-TCHALLA : Je m’appelle Elisabeth Essodolom revendeuses de pagne à Kara.\nDM : Pali-Tchalla. Mon prénom kabyè Essodolom veut dire ‘’Dieu ne m’a pas oubliée’’. Je suis née à Kara. Je suis Directrice de Société, Présidente de la Filière Karité du Togo (FIKATO), présidente de l’interprofession karité du Togo et Présidente de la Fondation SOIF.

Qui sont les parents d’Elisabeth PALI-TCHALLA ?

Mon père s’appelle Gabriel AMAOU-TALLE et ma mère, Judith KEZIE. Je suis née dans une famille de commerçants. Mon père était un riche commerçant et l’un de ceux qui ont fait connaitre le Nord avant les indépendances. Il achetait les produits locaux comme le coton, le capok, l’arachide et le melon au Nord pour les revendre au Sud du pays. Pendant la deuxième guerre mondiale, par exemple, c’est lui qui amenait le sel qui n’existait pas encore au nord. Il avait aussi une boutique sur la Rue de la Somme, ici à Lomé. Actionnaire à CICA, il était l’un des premiers cadres du Nord, pour avoir eu son Certificat dans les années 30. Il a été député et questeur à l’Assemblée nationale en 1958. Ma mère était Présidente des revendeuses de pagne à Kara.

Où avez-vous passé votre enfance ? Enfance heureuse ou difficile ? Combien de frères et sœurs avez-vous ? Parlez-nous un peu de votre cursus scolaire.

Je vous dirai que je suis issue d’une famille aisée et polygame. J’ai grandi dans une fratrie de 15 enfants. Je suis la deuxième enfant de ma mère qui est la troisième femme de mon père avec qui il a eu trois enfants dont deux filles et un garçon. Nous avons tous grandi ensemble avec mes frères et sœurs dans la maison familiale, à côté de l’Ecole Centrale à Kara où j’ai eu mon BEPC au Collège Ste Adèle, chez les sœurs. J’ai passé le concours de Sage-femme que j’ai d’ailleurs réussi brillamment. J’ai, par la suite, intégré l’Ecole Nationale de Sage-Femme à Lomé. J’étais une enfant choyée. Mon papa m’adorait et moi aussi. Ma maman m’aimait beaucoup et me chérissait autant. Très intelligente, j’étais la préférée de la famille. Mon père me désignait même comme son successeur (rires).

Racontez-nous un souvenir d’enfance.

Disons que j’ai eu une enfance heureuse, dans l’ensemble. J’ai le souvenir que pendant la saison de l’harmattan au nord, il y avait toujours une pénurie d’eau. Vu que le collège était éloigné, il fallait se lever tôt pour aller chercher de l’eau dans le fleuve Kara. Nous marchions parfois des kilomètres. Ce qui fait que je ne dormais pratiquement pas la nuit. C’est un souvenir de mon enfance qui m’a marquée.

Comment s’est passée votre arrivée à Lomé ?

J’avoue que ça n’a pas été facile de quitter mes parents à Kara pour venir vivre en location à Lomé et surtout y vivre seule. C’était un peu comme un saut dans le vide. A l’époque, il n’y avait que 4 ou 5 sages-femmes au Nord. C’est d’ailleurs cela qui m’avait motivée à embrasser cette carrière. J’ai aimé cette formation, j’ai travaillé dur et j’ai été majore de ma promotion en 1973. Par la suite, on m’a affectée à l’hôpital de Tokoin à Lomé, vu que mon mari, Ingénieur Agro-économe était aussi rentré à Lomé.

Quand avez-vous rencontré votre mari ? Comment cela s’est-il passé ?

Nous nous sommes connus sur les bancs de l’école à Kara (Rires…). Il était au Collège Chaminade, et moi au Collège Ste Adèle. Par la suite, il est parti à Abidjan continuer ses études d’où il est revenu Ingénieur Agronome. Nous nous sommes mariés le 5 août 1973, juste à la fin de mes études. Je l’ai, ensuite, suivi à Atakpamé où il venait d’être nommé Directeur Général de la SOTOCO. J’ai exercé mon métier pendant trois ans dans cette ville. Nous avons eu cinq enfants dont quatre garçons et une fille.

Parlez-nous brièvement de l’évolution de votre carrière professionnelle

Il faut dire que ce n’était pas facile. Nos salaires, celui de mon mari et le mien, ne suffisaient pas pour faire face aux charges de la famille. Nous avions trois enfants à l’époque. Mon mari est donc reparti faire des études dans le domaine bancaire en France. De mon côté, j’ai commencé par faire des petits commerces tout en exerçant mon métier de sage-femme. Ce sont ces petits commerces qui m’ont permis de trouver un créneau que j’ai fait fructifier, avec l’aide de mon mari, pour créer par la suite la boutique de cosmétiques Esthetica 2000.

Justement Esthetica 2000 ! Racontez-nous un peu cette aventure.

C’est à partir d’une boîte d’ampoules pour cheveux de la marque KERANOVE que ESTHETICA 2000 a été créée. J’ai commandé à mon mari, qui était en France, une boîte d’ampoules, vous savez, celle que l’on met pour nourrir et faire pousser les cheveux. Il me l’a envoyée par la poste. D’une boîte au départ, je suis arrivée à commander un carton de 36 ampoules, une palette, un demi-conteneur, un conteneur, puis des conteneurs. C’était difficile d’être épouse, mère, sage-femme et commerçante à la fois. Je me devais de choisir. J’ai fini par arrêter de travailler en tant que sage-femme. Je me suis consacrée à la vente de produits cosmétiques. J’étais pionnière dans ce domaine. Je vendais aussi des pagnes, un peu de tout et des produits de la Sonacom. J’ai gagné beaucoup d’argent à cette époque.

Il semblerait même que vous êtes la première femme africaine grossiste dans le secteur de la Cosmétique ?

Oui c’est vrai. J’allais aux Etats-Unis, je signais des contrats d’exclusivité avec les grandes sociétés pour être la seule à distribuer certains produits cosmétiques (en grande majorité les produits capillaires) sur toute l’Afrique occidentale. Toutes les commerçantes de ces pays se ravitaillaient chez ESTHETICA 2000, à Lomé. Je vendais beaucoup, et j’avais des conteneurs de 40 pieds que nous écoulions rapidement. Au fur et à mesure, j’ai eu mes propres marques déposées à l’instar de Bella, Suniza, Univar, … J’ai fait beaucoup de chiffres d’affaires dans ce commerce. Je rends grâce à Dieu pour tout ce qu’il a fait et continue de faire pour moi.

Présidente de la filière karité du Togo, pionnière dans ce domaine, racontez-nous vos débuts. Comment arrive-t-on à cette responsabilité ?

Avant de répondre à votre question il faut que vous connaître la valeur du karité dans le monde entier. Le beurre de karité est largement utilisé dans l’industrie du chocolat, de la cosmétique et dans la pharmacie. Vous comprenez donc que ce secteur est en pleine expansion. Il y a quelques années, les amandes des fruits de l’arbre à karité collectées par des femmes rurales et transformées en beurre ne servaient que dans l’alimentation, la beauté et les rituels. Aujourd’hui, le karité et ses dérivées occupent une place de choix au plan économique. De nos jours, la demande en beurre de karité en provenance de l’Afrique de l’Ouest a augmenté de près de 1 200% au cours de la dernière décennie. Le produit est prisé dans le monde entier et surtout aux Etats-Unis. Depuis plus de 20 ans à travers la Fondation SOIF qui appuie les initiatives féminines, je me suis rendu compte qu’il y avait des milliers de femmes surtout dans la région septentrionale de notre pays, qui vivent des activités liées au karité. J’ai alors senti la nécessité de les réorganiser pour qu’elles puissent aller vers leur propre autonomisation et sortir de la pauvreté. C’est ainsi que je les ai organisées d’abord en groupements, après en sociétés coopératives selon l’acte uniforme de l’OHADA, ensuite en unions régionales et enfin en faitière nationale qu’est la FIKATO COOP CA. Vous comprenez donc que ce fut un très long processus avant que nous n’ayons aujourd’hui une interprofession qui regroupe tous les maillons du secteur karité. Mon principal objectif, c’est qu’à travers le karité nous puissions aider nos sœurs surtout dans les hameaux les plus reculés à sortir de la pauvreté. C’est à cela que je consacre toutes mes forces comme je l’ai toujours fait à travers la fondation SOIF. Je voudrais saisir cette occasion pour rendre un vibrant hommage à son Excellence Monsieur le Président de la République Faure GNASSINGBE qui a fait de la lutte contre la pauvreté son cheval de bataille et ne ménage aucun effort pour aider les femmes rurales à gagner le pari de leur propre autonomisation. Il me parait également important d’en appeler à la mobilisation de tous les partenaires nationaux et internationaux afin de soutenir les initiatives des femmes dans le domaine du karité, par exemple en finançant l’installation des unités de transformation pour ces femmes.

« Notre pays se prépare pour abriter la 13ème Conférence internationale annuelle du karité du 06 au 08 Avril 2020 à Lomé. »

Comme vous venez de le souligner, la filière karité est peu connue au Togo. Quelles sont les réelles opportunités que les jeunes dames peuvent y trouver?

Je me félicite d’une chose, c’est que grâce à Dieu nous avons pu réussir la réorganisation de toute la filière karité au Togo. Dans toutes les zones productrices du karité, nous avons des sociétés coopératives des acteurs du karité dument formées et immatriculées par le gouvernement togolais. Et comme je vous l’ai souligné, chaque région a son union régionale et au niveau national nous avons une faitière nationale, la Fédération Inclusive du Karité du Togo (FIKATO COOP CA) régie par l’acte uniforme de l’OHADA. En plus de toute cette nomenclature, le Togo dispose depuis le 27 novembre 2019 d’une interprofession de tous les acteurs du karité que j’ai l’honneur de présider. Tous ces regroupements que je viens de citer sont ouverts et peuvent accueillir selon les textes tous ceux qui veulent y adhérer, à conditions qu’ils remplissent les conditions énumérées par les statuts. C’est en étant ensemble qu’on est plus fort et qu’on va plus loin. Je pense qu’il est important que tous ceux qui interviennent sur toute la chaîne de valeur conjuguent leurs énergies pour que la filière karité joue sa partition dans la mise en œuvre du Plan National de Développement. Comme dans tous les domaines, il y a toujours des opportunités mais le plus important c’est de savoir quand et comment les saisir. Le marché international du karité est en plein essor. Face à la pauvreté et au manque d’emplois pour les jeunes, entreprendre dans le secteur karité peut être une solution. Nous avons des milliers de femmes qui vivent directement des revenus tirés du commerce du karité. Mais l’envie de se lancer dans le karité ne doit pas occulter les exigences qui y sont associées. C’est un domaine qui répond aux normes internationales notamment en matière de qualité. Avant de s’y lancer et rêver d’atteindre le marché international, il est important qu’on soit à même de respecter ces normes.

Il y a inévitablement des difficultés dans ce secteur aussi. Comment arrivez-vous à les surmonter ?

Vous savez, dans la vie là où il y a un problème, la solution n’est pas loin. Si vous prêtez bien attention vous vous rendrez compte qu’en Afrique, le karité ne pousse que dans les régions pauvres. C’est une manne du ciel pour aider les populations dans ces régions. Si vous regardez bien que ce soit au Mali, au Burkina Faso, au Ghana, au Sénégal, au Nigéria ou encore au Togo, les femmes ont fait du karité leur or. Je pense que pour mieux tirer profit de cette mine d’or, il faut qu’elles s’organisent et se mettent ensemble afin de bénéficier des financements pour la réalisation de leurs projets. Rien n’est facile dans la vie. Les difficultés, il y en aura toujours. Mais le plus important, c’est de savoir maintenir le cap et savoir atteindre ses objectifs. Je pense que si nous voulons nous affirmer en tant que femme dans une société qui fait la part belle aux hommes, nous devons d’abord gagner le pari de notre propre autonomisation. Lorsqu’on entreprend, c’est qu’on accepte de courir le risque. Et qui court le risque ne doit pas craindre l’échec. Le monde des affaires est ainsi fait. Donc à toutes les femmes, je dis, osez, le succès est au bout de l’effort.

Grace à vous le Togo aura l’honneur d’abriter en Avril 2020 la 13ème Conférence Internationale annuelle du karité. Quels sont les enjeux et défis de cette rencontre ?

Notre pays se prépare pour abriter la 13ème Conférence internationale annuelle du karité du 06 au 08 Avril 2020 à Lomé. C’est un événement historique pour notre pays parce que le Togo ne l’avait jamais accueilli auparavant. Il a fallu environ trois années de tractations et un bon dossier de candidature que nous avons soumis à l’Alliance Globale du Karité, AGK qui l’a bien heureusement validé. On ne peut que s’en féliciter car c’est notre pays qui est honoré. Cet événement international coorganisé par l’AGK et la Filière Karité du Togo, FIKATO va réunir dans la capitale togolaise plus de 500 parties prenantes du monde entier autour du thème : KARITE 2020, créer l’industrie de demain. Les participants sont composés de groupements de femmes, des petites et moyennes entreprises, des organisations à but non lucratif, des partenaires au développement, des fournisseurs internationaux de grandes marques de l’industrie cosmétique et alimentaire américains, européens et africains. Vous savez que le Togo vient de se doter pour la première fois d’une interprofession dans la filière karité, c’est pour nous une excellente occasion de montrer au monde entier nos potentialité en matière de karité et cette conférence va insuffler une nouvelle dynamique à la filière. L’autre défi que nous entendons relever c’est qu’au cours de cette conférence, toutes les parties réfléchissent sur la nécessité d’adopter une charte afin de protéger l’arbre à karité. Aujourd’hui cette espèce que nous considérons comme une manne du ciel est dangereusement menacée. Si nous ne prenons pas garde, il sera difficile pour les générations à venir d’en profiter. C’est pourquoi depuis quelques années, nous discutons plutôt de la durabilité dans le karité. Il est important que toutes les parties jouent leur partition pour que nous puissions sauver nos parcs à karité qui subissent aussi les affres des changements climatiques.

Dagan Elisabeth c’est aussi des activités au Port Autonome de Lomé. Pouvez-vous nous parler de vos activités dans ce domaine maritime ?

Effectivement le domaine maritime est un secteur où j’exerce depuis plusieurs années. J’ai la chance d’être la première femme à ouvrir un parc de vente de voiture d’occasion au port autonome de Lomé. Cette longue expérience dans le domaine maritime m’a donné l’avantage d’être la marraine de WIMA-TOGO (Women In Maritim), la branche togolaise de la grande famille panafricaine des femmes exerçant dans le domaine maritime. Mon intervention dans ce domaine s’est étendue depuis quelques années au transit, à l’entreposage et autres, des activités coordonnées par OTOCI SA. Le maritime est un domaine dans lequel les femmes peuvent saisir d’énormes opportunités. Il suffit tout simplement de croire en ses rêves et d’oser. Si on s’accorde de nos jours à dire que plus de 80% du commerce mondial s’effectue par la mer, il est donc évident que le maritime offre de nombreuses opportunités que nous les femmes nous pouvons aussi saisir. Moi je l’ai compris plus tôt et c’est pour ça qu’à l’époque j’ai décidé de percer ce secteur largement contrôlé par les hommes. Je suis fière de contribuer à ma manière à la croissance de l’économie bleue dont le gouvernement de mon pays a fait le pari.

Vous militez également pour l’émergence de la femme à travers plusieurs associations sur le plan national et international. La fondation SOIF en est un exemple. Parlez-nous succinctement de la mission de cette fondation.

La Fondation SOIF a pour mission d’améliorer les conditions de vie des enfants orphelins, démunis et des femmes en difficulté au Togo. Elle soutient les initiatives innovantes des populations rurales dans les domaines de l’éducation, santé et dans leurs activités économiques quotidiennes en vue de créer les conditions qui encouragent la dignité, l’espoir et l’autosuffisance. Dans ce sens nous menons sur le terrain plusieurs activités : Parrainage des enfants orphelins, démunis, à travers le don de fournitures scolaires et le suivi de leur scolarité, appui des enfants parrainés en apprentissage en cas d’abandon scolaire, la construction des infrastructures, dons d’équipements scolaires et appui aux enseignants volontaires, sensibilisation sur la scolarisation des enfants et surtout de la jeune fille. Nous faisons aussi le plaidoyer au niveau du gouvernement pour transformer une EDIL (Ecole d’Initiative Locale) en EPP (Ecole Primaire Publique). Au niveau économique, la Fondation SOIF appuie les groupements de femmes dans les AGR (Activités Génératrices de Revenus), aide en intrants agricoles aux organisations paysannes (groupements), organise des sessions de formation en gestion de microcrédits. Nous avons aussi à notre actif la construction des Cases de Santé, et la distribution des équipements médicaux aux populations. Grâce à sa politique de la main tendue, la fondation fait à chaque fin d’année des dons de vivres aux plus nécessiteux. Nous pouvons aussi nous féliciter des audiences foraines pour l’établissement de documents administratifs aux femmes et enfants (acte de naissance, certificat de nationalité) que nous organisons périodiquement.

Quels sont vos projets actuels et futurs pour la fondation ?

Tout ce que fait la fondation SOIF, c’est aussi grâce à la générosité de certaines bonnes volontés qui partagent la cause que nous défendons. Dans cet ordre d’idée, la réalisation de nos projets dépend des moyens dont nous disposons. Si je dois vous lister ce que nous aurions souhaité réaliser comme projet au profit des femmes surtout et des couches les plus vulnérables, je vous assure que les pages de votre magazine ne seront pas suffisantes. Voyez-vous, les défis à relever sur le terrain sont nombreux et voyant tout ça, on aurait souhaité y apporter des réponses, mais c’est impossible. Le Gouvernement fait énormément d’efforts dans ce sens et nous on ne fait que l’accompagner. Un adage populaire dit que « c’est face à la rivière qu’on sait comment la traverser ». Donc, si nous avons les moyens, nous jugeront de ce qui nous semble prioritaire pour les populations en milieu rural. Je peux vous dire en ce moment que ce qui me tient à cœur, c’est comment faire pour réaliser des unités de transformation du karité pour mes coopératives de femmes. Ne serait-ce qu’une unité de transformation par région. Je voudrais profiter de l’occasion que vous offrez pour lancer un appel à toutes les bonnes volontés pour nous aider à continuer cette œuvre dans laquelle nous nous sommes lancés. Quand on s’engage dans une mission comme celle-là, on se dit que c’est un sacerdoce. Peu importe les moyens que nous aurons à notre disposition, moi je reste fidèle à un principe : rester toujours plus proche des plus nécessiteux.

Vous avez été faite ambassadrice de la paix en octobre 2017. Qu’est-ce qui vous a valu ce couronnement ? Quel rôle avez-vous joué avec un tel titre ?

Comme on le dit souvent, on ne peut pas danser et s’apprécier en même temps. Je pense plutôt que cette question aurait pu être posée au bureau national de la fédération pour la paix universelle pour savoir ce qui a pu militer en ma faveur pour que je sois récipiendaire de cette distinction. Mais quand je fais ma petite analyse, je pense quand même qu’au regard de ce que vous savez désormais des actions que j’ai menées et continue de mener sur le terrain à travers la fondation SOIF et depuis quelques années à travers la Filière Karité du Togo (FIKATO), on peut se faire sa petite idée. Cela pourrait paraître quelque peu bizarre pour certains d’établir le lien entre la paix et toutes ces œuvres sociales. Eh bien, oui ce lien existe. Car, il faut le savoir, la paix comme on le dit souvent, n’est pas l’absence de guerre, c’est un état d’âme et d’esprit. On ne peut pas se dire en paix lorsqu’on ne mange pas à sa faim, lorsqu’on n’a pas accès à l’eau ou lorsqu’on n’arrive pas à satisfaire nos besoins les plus élémentaires. Donc, aider celui qui est dans le besoin à trouver une solution à son problème, c’est contribuer à l’encrage de la paix.

Ce titre d’ambassadrice de la paix universelle est le signe que nos actions sont appréciées et on ne peut que s’en féliciter. Vous savez, quand on vous honore par une distinction comme celle que j’ai reçue, ça ne peut que vous encourager à aller de l’avant. Moi je continue ma mission en implorant la bénédiction de Dieu pour que nous vivions dans un monde de paix et de justice sociale.

A part cette distinction, quelles sont les autres dont vous avez été honorée ?

La plus grande distinction dont je me félicite, est celle qui a fait de moi officier de l’ordre du Mono, une distinction nationale de la République Togolaise. Je voudrais remercier le Chef de l’Etat, Son Excellence Faure Essozimna GNASSINGBE pour cet honneur qu’il m’a fait en m’élevant à ce rang. Vous savez, cette distinction est accordée à ceux qui sont reconnus comme ayant rendu service à la nation. C’est pour moi une grande fierté. Je me réjouis d’apporter ma petite pierre à l’édifice national.

« La femme doit être soumise à son mari. Si une femme estime que parce qu’elle est diplômée, ou parce qu’elle est issue d’une grande famille, elle ne doit pas se soumettre à son mari, ce foyer est un échec. Une femme instruite et riche doit rester modeste devant son mari »

Quels sont vos moments préférés en famille ?

Vous savez, on est mieux que quand on se retrouve en famille. Mais Je dois vous avouer que je me sens encore plus à l’aise quand je me retrouve entourée de mes petits-enfants. Je suis plus à l’aise avec eux non seulement parce que la complicité est parfaite entre nous mais j’apprends beaucoup d’eux. Ils aiment bien me raconter des petites histoires, leurs moments passés en classe et cela me ramène à plusieurs décennies en arrière et je me sens comme si je revivais ma propre enfance, même si, il faut le reconnaître, l’environnement n’est plus le même. Les enfants de nos jours sont très réactifs et très doués dans les technologies de l’information et de la communication et je profite souvent de nos moments pour apprendre aussi.

Un conseil pour une jeune fille pour qui vous êtes un modèle ?

D’abord, il ne faut pas chercher à faire tout comme Madame Pali-Tchalla car chacun vient avec sa chance, mais comme moi, il faut être courageuse, patiente et persévérante dans tout ce que l’on entreprend. Ne chercher surtout pas à être riche tout de suite. Le secret, c’est qu’il faut se battre, s’imposer et chercher toujours à mieux faire. Si quelque chose ne marche pas selon vos espérances, ne baissez pas les bras et ayez plusieurs cordes à votre arc. Il ne faut pas s’accrocher uniquement aux diplômes universitaires, si vous avez un diplôme et que vous ne trouvez pas d’emploi dans votre formation, tentez autre chose, créez autre chose. Il faut se frayer son chemin par tout moyen légal et croire en Dieu.

Certains hommes ne supportent pas l’aisance et la réussite de la femme. Un conseil ?

Un homme et une femme doivent se faire confiance. La femme doit être soumise à son mari. Si une femme estime que parce qu’elle est diplômée, ou parce qu’elle est issue d’une grande famille, elle ne doit pas se soumettre à son mari, ce foyer est un échec. Une femme instruite et riche doit rester modeste devant son mari. Le manque d’humilité est l’une des principales causes de divorces dans les foyers de nos jours. Je vois mal un homme être jaloux de la réussite de la femme qu’il aime. Quand une femme réussit, cela devrait faire le bonheur et la fierté de son mari. Pour mon cas, je gagnais plus que mon mari mais je me pliais à mes devoirs conjugaux. Il faut que la femme s’occupe de son foyer. Que les jeunes filles arrêtent d’acheter de la nourriture dehors et prennent plaisir à préparer pour leur mari. Une des priorités de l’homme, c’est son ventre. « Quand tu t’occupes bien de son ventre, vous allez bien vous entendre ». (Rires).

Quel est votre plat préféré ?

Les feuilles de baobab avec la pâte de sorgho.

Et votre couleur préférée ?

J’aime toutes les couleurs sauf le noir.

Quel sport aimez-vous pratiquer le plus ?

J’aime beaucoup la marche et le vélo d’intérieur, bien sûr (rires).

La question « mi dji la gna » : Comment faites-vous pour être toujours bien coiffée ?

J’ai la même coiffeuse depuis 25 ans. C’est un modèle qu’elle m’a proposé un jour et je l’ai adopté. J’ai gardé cette coiffure car elle a un côté pratique et elle me sied parfaitement. J’ai beaucoup de compliments sur cette coiffure raison pour laquelle je n’aime pas changer. C’est le même modèle depuis 25 ans mais nous y apportons elle et moi, quelques petites retouches de temps à autre.

Votre mot de fin ?

Je voudrais rendre grâce à Dieu qui ne m’a jamais oubliée. Il a su mettre sur ma route des personnes exceptionnelles et uniques à mes yeux que je n’oublierai jamais et qui ont fait de moi la femme que je suis aujourd’hui.

Source : Daganmag.com

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