Togo : «le MIFA vise la professionnalisation d’au moins 1 million d’agriculteurs d’ici 2021» : Aristide K. Agbossoumonde

Aristide Agbossoumonde

Dans une interview accordée au magazine « Economies Africaines », le directeur général du Mécanisme incitatif de financement agricole fondé sur le partage des risques (Mifa S.A.) est revenu sur l’importance de la mise en place de ce mécanisme. M. Aristide Agbossoumonde, rappelle que l’une des missions du MIFA S.A, est de relever les défis de la transformation de l’agriculture et, d’ici à 2021, de professionnaliser au moins 1 million d’agriculteurs. Lisez plutôt…..

Journaliste : Le chef de l’État a procédé le 25 juin 2018 au lancement du MIFA, autrefois appelé TIRSAL. Pourquoi cette initiative qui s’adresse aux acteurs de la chaîne de valeur agricole ?

Aristide K. Agbossoumonde : Dans le Plan national de développement (PND), notamment en son axe 2, le gouvernement a fait de l’agriculture un levier de création de richesses et d’emplois, et de lutte contre la pauvreté. Cependant ce secteur, qui contribue à hauteur de 40 % à la formation du PIB, est faiblement financé par le secteur privé. En effet en 2017, seulement 0,2 % des prêts bancaires lui ont été octroyés. Le MIFA est un mécanisme innovant qui oeuvre au financement du secteur agricole. Il est basé sur un nouveau paradigme et devra contribuer à faire financer suffisamment le secteur agricole et à relever les défis de la transformation de l’agriculture, une transformation qui sera un levier de création de richesses et d’augmentation des revenus des populations, comme défini dans le PND. Le MIFA a donc entre autres pour objectifs de remédier à la fragmentation des chaînes de valeur agricoles, de promouvoir les produits financiers et assurantiels adaptés au secteur agricole, de faciliter le partage des risques entre les différents acteurs du secteur agricole, de fournir une assistance technique aux institutions financières, aux PME-PMI et aux producteurs agricoles, et enfin de réduire le coût d’emprunt pour les agro-industries. Il s’appuie sur les 5 piliers que sont le partage de risques, le développement de produits d’assurance spécifiques au secteur agricole, l’assistance technique aux acteurs, la bonification des taux d’intérêt (qui permettra de descendre à des taux de 7,5 à 10 %, contre 15 à 18 % actuellement) et autres mesures incitatives dans le but d’amener les différents acteurs à s’engager durablement dans le développement de l’agriculture.

Quelle est la différence entre le MIFA et l’ancien TIRSAL et comment fonctionne le principe de partage de risques ?

Le Mécanisme incitatif de financement agricole fondé sur le partage de risques (MIFA) n’est que la déclinaison française du TIRSAL. Donc, dans le fond, il n’y a aucun changement. Le risque tel qu’il est perçu par les banques est essentiellement dû à la faible organisation des chaînes de valeur agricoles ainsi qu’à une sous-professionnalisation des acteurs du secteur agricole. Le MIFA S.A contribuera à la réduction et au partage du risque dans le secteur agricole par des actions concrètes sur le secteur. Il travaillera en effet sur la recherche et la contractualisation de archés fermes assortis de contrats en amont du financement des activités ainsi que sur la réorganisation des chaînes de valeur, permettant de renouer les liens entre les différents acteurs et de garantir la disponibilité de la matière première au niveau de chaque maillon. Il interviendra aussi sur le renforcement des capacités techniques de tous les acteurs, y compris des institutions financières, afin d’octroyer des financements en pool à tous les maillons d’une chaîne de valeur pour satisfaire aux demandes du marché. Enfin, il oeuvrera au développement des produits d’assurance spécifiques aux différents maillons pour sécuriser les financements.

Quel est l’objectif de la création d’un panier de fonds pour que les partenaires au développement contribuent aux côtés du gouvernement togolais à mobiliser un capital de 100 millions d’euros, soit 65 milliards de FCFA ?

Il s’agit, à travers ce panier de fonds, de mobiliser une partie des ressources nécessaires au financement du secteur agricole. Les 100 millions d’euros serviront à financer le secteur à hauteur de 1 000 millions d’euros, soit 650 milliards de FCFA sur 10 ans. La transformation du MIFA en société anonyme au capital de 10 milliards de FCFA est un montage institutionnel centré sur un modèle de partenariat public-privé permettant d’allier la rigueur dans la gestion des ressources à la souplesse dont les opérateurs privés ont besoin pour accepter d’investir dans le développement du secteur agricole. Les résultats de la phase pilote mise en oeuvre sur les filières maïs, riz, manioc et soja ont convaincu les investisseurs non seulement de la pertinence du mécanisme mais également de sa rentabilité. En effet cette phase pilote, qui a duré 6 mois, a permis d’accompagner 12 000 producteurs et de mobiliser environ 1,1 milliard de FCFA de financement sur ressources
propres des institutions financières à des taux réduits en moyenne à 8,25 %, contre 18 % auparavant, et de générer 15 000 emplois directs et indirects. Aujourd’hui, le mécanisme intervient sur toutes les filières et tous les maillons de la chaîne de valeur agricole – production, transformation, commercialisation – ainsi que sur tous les services connexes nécessaires à une structuration efficace et efficiente des chaînes de valeur.

Pour 2019, quelles sont vos priorités ?

Pour cette année 2019, outre la mobilisation du maximum de partenaires financiers afin de disposer de ressources suffisantes pour le financement des projets du secteur, notre priorité est l’extension d’une couverture sociale et le développement de l’assurance agricole au profit des acteurs du secteur agricole. Nous avons également pour priorité l’intégration d’un maximum de jeunes entrepreneurs dans l’agro-business par un accompagnement ciblé leur permettant de saisir toutes les opportunités pour la création d’entreprises agricoles, notamment le long des chaînes de valeur structurées par le mécanisme. Au-delà des priorités de 2019, le mécanisme vise la professionnalisation d’au moins 1 million d’agriculteurs et de différents acteurs le long des chaînes de valeur d’ici à 2021 dans des schémas d’agrégations et de développement des coopératives.

Propos recueillis par Paul de Manfred

Economies Africaines