Afrique : COVID-19, les dessous d’une maladie géopolitique ?

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Avec l’avènement du Coronavirus, le monde connaît désormais des bouleversements. On est en droit de penser que la face du monde se modifie peu à peu. La crise a-t-elle été voulue? Quels incidences sur les plans géopolitique et de géostratégie? Quelle est la place de l’Afrique dans ces bouleversements?

La guerre de l’information

L’information n’est plus la même avec le COVID-19. Sa portée internationale est plus que jamais importante. L’attention particulière sur ce qui doit être su est devenu primordial. Il est devenu plus que jamais important de communiquer sur les nombres de décès en 24h. Il n’est pas à négliger la présence des fakenews. Par ailleurs, les déclarations de Donald Trump sur l’origine chinoise alléguée du virus, le rôle de l’OMS et la nécessité de la relance de l’économie américaine sont devenues très prisées par l’opinion. Ces déclarations font contrepoids avec les sorties chinoises sur les évolutions sur le virus. Chacun des autres Etats européens ne manque pas de soigner ses sorties. Quant aux Etats africains, il est devenu très important de suivre le mouvement international et donner des chiffres. A qui communiquera le mieux. Tout porte à croire que dans cette guerre de la communication, les proportions géostratégiques du monde semblent être gardées et que chacun souhaite s’attirer de la sympathie.
En outre, les informations semblent être bien entretenues. Le nombre réel de contaminations et de décès. Les Chinois raisonnent termes de milliers de morts. Les autorités américaines évaluent à 90.000 décès à la suite du covid-19 en Chine au lieu des 4500 déclarés. On a assisté à des joutes verbales interposées entre les Etats Unis et la Chine depuis le debut de l’épidémie jusqu’à ce jour.
L’opinion publique africaine a longuement discuté la piste de la 5G. Les théories complotistes sur cette question ne manquent pas toujours. Mais au fond, tout porte à croire que la Chine et les Etats Unis se livrent toujours une bataille de l’information sur fond de guerre économique et numérique. Autour de cette notion, le passé récent des relations conflictuelles de la Chine avec les Etats-Unis avec en filigrane Huawei et les géants du logiciel américain n’est pas loin. Le bras de fer pour le leadership mondial sur les équipements 5G ne manque pas de continuer et les réseaux sociaux y contribuent. Sur ce terrain, la Chine aura fort à faire pour dépassionner le débat.

Une crise sanitaire qui révèle les dessous du monde?

La crise du COVID-19 semble étaler au grand monde les méandres fumeuses de l’histoire géopolitique du monde et des influences. Une grande question semble être encore présente. Pourquoi le Chine fabriquerait un virus? Pourquoi le virus viendrait-il de Wuhan et non d’ailleurs ? Pourquoi les Etats Unis pensent-il que le virus n’est pas né fortuitement? Justement, l’idée est véhiculée par les journalistes américains qui pensent que le virus ne proviendrait pas du marché de Wuhan mais qu’il se serait plutôt propagé à partir d’un accident dans un laboratoire de cette même ville, où l’on étudie le coronavirus des chauve-souris. D’après cette version, c’est l’un des membres du laboratoire qui aurait été contaminé en premier lieu avant d’exporter le mal à l’extérieur des murs hébergeant ces expérimentations. Par ailleurs à un moment, les doigts accusateurs de la Chine se sont pointés sur les Etats-Unis.
Le ministre des Affaires étrangères britanniques, Dominic Raab avait affirmé qu’après le cataclysme, la Chine devra répondre à des « questions difficiles ». Pour Emmanuel Macron dans un interview: « À l’évidence, des choses se sont passées là-bas dont nous n’avons pas connaissance ».
Jusqu’où les Etats peuvent aller pour nourrir leurs intérêts économiques? La crise du COVID-19 survient à un moment où la Chine et les Etats-Unis s’opposent sur des questions d’ordre économiques.
S’il reconfigure le monde, le Covid-19 perturbe quelque peu les Etats sur le plan de politique intérieure. La crise intervient en plein dans une époque où le pouvoir exécutif américain connaît des perturbations, la Russie est obligé de reporter le referendum qui consacrera le pouvoir quasi éternel de Vladimir Poutine, et le cours du pétrole est à ce jour à un niveau bas historique, mettant une petite fin à la guerre des prix avec l’Arabie Saoudite.

Pourquoi s’est-on acharné sur l’Afrique?

Les débuts de la guerre de l’information liée au COVID-19, alors que le taux de décès en Chine et en Europe étaient préoccupants, les projecteurs des médias internationaux étaient encore stupéfaits de la supposée résistance du continent africain. De longs articles et des points étaient consacrés à cette évolution et la presse internationale n’a relâché son attention que lorsque l’Afrique a commencé à enregistrer ses premiers décès. Une partie de l’opinion africaine a commencé à se rendre compte de l’enjeu politique des médias internationaux à partir de la sortie sur les vaccins sur RFI.

La crise fragilise-t-elle l’OMS?

Le COVID-19 pose à nouveau la question de la crédibilité de l’OMS. Les Etats-Unis d’Amérique ont ramené le débat sur le tapis en reprochant à l’OMS de cacher des choses à l’humanité. Par conséquent, les États-Unis d’Amérique refusent de continuer à contribuer. Ce refus a été pris en contre-pied par la Chine qui a annoncé qu’elle donnera 30 millions de dollars à l’organisation. Le débat sur le traitement, la question du vaccin et la réaction calculée de l’OMS n’ont pas manqué non plus de la fragiliser au sein de l’opinion africaine et internationale. Les théories complotistes se font jour autour des vaccins, des traitements proposés sur le continent, des lobbies des firmes pharmaceutiques. Cela amène les africains à se documenter au sujet des éventuels implications économiques des traitements proposés sur le continent et de la dégénération occidentale de la phytothérapie africaine. Des interrogations se posent : pourquoi les vaccins proposés en Afrique ne sont pas prisés par les occidentaux sur le continent?
En outre, la réaction systématique de l’OMS vis-à-vis des traitements proposés sur le continent et la volonté de leur confrontation aux canons de la pharmacie moderne suscite des interrogations au sujet du rôle de l’OMS. On retourne en arrière avec la question sur les maladies décrétées incurables…le VIH/SIDA, les cancers puis les maladies « africaines » tel que le paludisme et la catégorie de la drépanocytose. Pourquoi après toutes ces années, il n’y toujours pas de traitement définitif au VIH/SIDA par exemple? Pourquoi toute la cabale alléguée autour des chercheurs qui veulent s’aventurer sur le chemin des recherches sur l’Artemisia ? Pourquoi les personnes qui proposent des traitements aux maladies décrétées incurables de l’ONU sont traitées de charlatans? Craint-on pour la survie de l’OMS? Pourquoi a-t-elle été lente à décréter l’Urgence de santé publique de portée internationale? Des questions sans réponse. Après la pandémie, la Chine ne sera pas la seule à s’expliquer mais l’OMS aussi aura fort à faire pour redorer son blason.

Quelle place pour l’Afrique?

Aux premières heures de l’épidémie, l’Afrique n’a pas semblé être véritablement concernée, jusqu’à ce que « le premier cas » et le premier décès ne surviennent. Les pays africains ont dû se lancer dans une communication impressionnante et ont dû prendre des décisions pour exorciser la menace. Il s’agit des décrets de l’Etat d’urgence sanitaire qui est maintenant à la mode, la fermeture des frontières terrestres et aériennes, les mesures d’accompagnement économique etc. On peut toutefois observer que les mesures font l’objet de copisme entre les Etats africains. On sait toutefois que les modèles occidentaux ne peuvent pas être copiés en raison du pouvoir d’achat de la population africaine. Mais les réactions africaines évoluent en cascade et se ressemblent.
En revanche, le COVID-19 influence grandement les calendriers africains. La naissance de la monnaie ECO en remplacement au franc CFA et les débat passionnés qu’elle suscite sont un peu oubliés. Si le Mali est allé aux élections législatives malgré le COVID-19 et que le président Faure Gnassingbé du Togo prêtera serment en mai après son élection de février, certains pays doivent encore douter de la date des élections prévues pour 2020.
L’Afrique est-elle encore spectatrice? Sans doute pas. Même si les propositions de remède d’origine africaine n’ont pas eu un grand écho, elles semblent avoir une bonne côte de popularité sur le continent et gonflent le sentiment d’orgueil des africains. C’est en cela que le courage malgache est applaudi. L’OMS est de moins en moins écoutée.
Au plan régional, la question du COVID-19 a éclipsé les questions économiques et les problématiques épineuses du continent. La réaction régionale à l’échelle Union Africaine n’a pas connu une grande publicité car n’étant pas facile à comprendre à tous. L’événement majeur qui mérite encore beaucoup d’attention est celle de l’initiative marocaine tournée vers l’Afrique subsaharienne. Le Maroc, s’il fait une cour assidue à l’Afrique depuis son retour dans l’institution panafricaine, ne serait pas mécontent de rallier l’entièreté des États africains à sa cause sur la question du Sahara occidental. Son leadership cacherait certainement des desseins économiques voire politiques. Ce n’est plus un secret, le Maroc ambitionne de prendre la place des grands géants africains que sont le Nigéria et l’Afrique du Sud.
Enfin, il faut observer que l’Afrique est toujours au centre des intérêts. Alors que la crise bat son plein en Europe et que l’économie de la France connaît une inflation historique, cette dernière compte toujours apporter son aide à l’Afrique. La Chine est plus que jamais présent en arrière et en avant-plan. En outre, un partenaire généralement discret en raison de la nature complexe de ses relations avec le reste du monde opère une nouvelle matérialisation en Afrique sous la forme de ressortissants en blouse: il s’agit du Cuba. Alors qu’il a réussi à envoyer sa brigade médicale en Italie et en France, il a désormais envoyé le trop-plein de ses médecins en Afrique au nom de la diplomatie médicale de soutien. On s’interroge sur la nature de ses rapports avec l’Afrique et des intérêts qui sous-tendent cette charité soudaine.
Le Cuba entretient des relations privilégiées avec la Chine avec laquelle il a préparé un médicament contre le COVID-19. Le Cuba subit toujours les revers d’un embargo des États-Unis.
Quelle est la place de l’Afrique dans le schéma?Toujours est-il qu’après la Chine, l’Afrique enregistre les meilleurs taux de guérisons. Si elle n’est pas aussi malade que ses « voisins » du nord, elle pourrait subir les revers économiques. On devra espérer que l’Afrique de l’après COVID-19 se prenne en main et tire des leçons de la reconfiguration du monde.

Séyram ADIAKPO

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