Togo/Portrait : Sénamé Koffi Agbodjinou, un pionnier du numérique

Le Togolais Sénamé Koffi Agbodjinou, fondateur de l’Africaine d’Architecture et de WoeLab, a choisi de mener une carrière alliant architecture, design et savoir-faire local. Il a également créé WoeLab, premier espace africain de démocratie technologique.

Sénamé Koffi Agbodjinou a entamé un double cursus étudiant en 2000 : l’architecture à l’Ecole d’Architecture de Paris et l’anthropologie à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. « Mon souhait était d’intégrer ressources et savoir-faire local (vernaculaire), et pour ce faire je me suis rendu compte qu’il ne fallait pas seulement des compétences en architecture mais aussi être anthropologue, pour connaître et comprendre le contexte dans lequel je travaille. Par exemple, construire en Amazonie un bâtiment moderne en vous inspirant des traditions locales et en comprenant comment les populations vivent ».

Sénamé choisit d’associer architecture et anthropologie grâce à la lecture de l’ouvrage de l’architecte égyptien Hassan Fathy, Construire avec le peuple (paru en 1940) : « C’est l’un des tous premiers livres où un architecte africain présente une véritable démarche anthropologique. Il m’a motivé à doubler mes compétences ».

En parallèle de ses études, Sénamé participe à de nombreux projets humanitaires de construction en Afrique au sein de différentes associations : « Leur objectif était de construire un hôpital, même petit, mais ils n’avaient pas mon ambition, celle de faire en sorte que les immeubles deviennent des modèles pour la ville. C’est pourquoi J’ai donc décidé de créer ma propre structure ».

L’approche vernaculaire a toujours attiré M. Koffi. « Je trouvais que nos traditions africaines étaient mal exploitées dans les bâtiments modernes. Nos immeubles sont souvent construits sur le modèle occidental sans tenir compte de la vraie richesse esthétique de nos cultures. De la même façon, le dynamisme des villes africaines n’était pas mis au service de la construction du bâtiment ». Cette philosophie mêlant architecture et anthropologie est à l’origine de son association L’Africaine d’architecture.

« Mon association accompagne des gens qui veulent construire en Afrique en utilisant des matériaux qui sont disponibles localement, ce qui leur évite d’importer des concepts et matériaux de très loin », explique-t-il. Au départ, la demande était restreinte à la création d’hôpitaux et d’écoles, puis le champ d’intervention s’est étendu pour réinventer la ville. « Je me suis dit que j’allais lancer un concept un peu original où l’on fait la ville avec les habitants eux-mêmes, leurs ressources, leurs connaissances et compétences. J’ai ainsi lancé Up cités, smart cités produites par les citadins ».
Pour être performant, Sénamé intègre les nouvelles technologies qui apportent de la connaissance gratuite : « Vous pouvez donc vous passer des urbanistes, du politique et si vous arrivez à mettre cette technologie auprès des habitants, il pourront penser eux même la ville », expose-t-il. « L’important c’est de trouver le cadre où vous diffusez cette technologie : les labs, les ateliers, et de les multiplier, les ouvrir pour que les citoyens puissent venir pour y penser la ville ».

Il avoue ne pas s’inscrire pleinement dans la mouvance de ceux qui voient l’Afrique comme l’avenir. ‘Je ne suis pas très optimiste, mais je suis très pragmatique. Je sais qu’il y a un potentiel aujourd’hui lié à la révolution digitale qui n’a jamais existé auparavant et qui fait que l’Afrique peut elle aussi participer à quelque chose. Mon idée, c’est de faire en sorte de faire que ce potentiel arrive entre les mains des citoyens ». Car il est un convaincu : chacun peut être le Mark Zuckerberg de demain.

Camille AYRAL